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La route fut longue. Des jours et des jours à prendre soin de toi, à surveiller une guérison en dents de scie, à te regarder évoluer sans jamais trouver la rectitude tant espérée...

La route fut longue. Pas franchement le cheval de rêve, celui qui reste au box ou au paddock pendant plus d'un an, à peine devenu mien. Le cheval qui parfois souffre tellement qu'il refuse de se lever. Pas vraiment l'histoire que l'on rêve lorsque l'on s'imagine propriétaire.

Et pourtant. Pourtant il y a ta petite tête à l'entrée de l'écurie, qui ne me quitte pas des yeux, à peine entendu le moteur de ma voiture sur la route avant d'arriver, jusqu'au moment où je me décide enfin à venir te caresser, jamais assez tôt à ton goût. Tu hennis, tu m'appelles, tu me parles. Tu poses ta tête au creux de mes bras lorsque tu es fatigué et que tu as besoin de réconfort.

La route fut longue. 5 vétérinaires, 3 ostéopathes, 1 nutritionniste, 1 maréchale merveilleuse puis 1 pareur aux doigts d'or, toute une équipe a gravité autour de toi pendant ces longs mois d'attente, de travail au sol, de balades en main... Ces longs mois sans te monter, à te regarder boiter, puis retrouver une certaine rectitude, et boiter à nouveau... A t'accompagner, à ton rythme, parfois immensément frustrée de te voir régresser, de voir ta douleur et de ne pas savoir t'aider.

Mais aujourd'hui je suis la seule qui n'ai pas besoin de te courir après des heures pour te rattraper au paddock. Moi, quand je suis là, tu m'attends sagement parce que tu sais que si je rentre dans l'arène, ce n'est pas pour te ramener, mais pour jouer avec toi.

J'ai gagné ta confiance, je le vois dans chacun de tes regards, dans ta façon de te laisser manipuler par tous lorsque je suis là, mais d'être indomptable lorsque je suis retenue ailleurs.

Tu m'as offert des amitiés, des rencontres. A travers toi, j'ai redécouvert un monde que j'avais abandonné, déçue par beaucoup de mauvaises surprises.  J'ai rencontré des amies qui le resteront pour la vie. Des gens qui m'ont apporté beaucoup, sans le savoir vraiment. J'ai aussi découvert la patience, le calme, la maîtrise de soi. On apprend sur le tas quand on doit rassurer sans cesse un "bébé" de plus de 500 kilos... Tant de qualités qui m'aident tous les jours à rester moi-même.

La route fut longue. Nous la reprenons doucement, enfin, après une longue pause qui n'a fait que resserrer nos liens. Nous réapprenons toutes nos bases avant d'avancer ensemble. Les moments de joie sont enfin les plus nombreux.

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J'avais toujours rêvé du cheval parfait, celui dont parlent les livres, qui se lie à jamais à son cavalier ou sa cavalière. Je n'avais pas compris qu'en fait, c'est le cavalier qui est lié à jamais par l'unicité de l'histoire qu'il écrit avec son cheval. Le cheval parfait dont parlent les livres, ce n'était pas toi.

Et pourtant, c'est toi.

Merci, que la vie fasse que je vive encore de nombreuses aventures avec toi...

-E-

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PS : Mon cheval a souffert, pendant un an, d'une fourbure d'abord aiguë, puis chronique. Si un cavalier passe par là, est dans mon cas, et voudrait des conseils pour aider son compagnon vers la voie de la guérison, qu'il n'hésite pas à me contacter par mail. Si avoir un cheval n'avait du m'apprendre qu'une chose, c'est bien qu'il faut partager ces connaissances pour faire progresser les choses, quelles qu'elles soient.