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Barrage militaire sur l'autoroute oranaise, Avril 2010.

Aujourd'hui, l'Algérie s'embrase à nouveau. Les émeutes d'un peuple qui n'en peut plus d'avoir tout subi, au fil des années. Plusieurs souvenirs marquants me reviennent. Les barrages militaires qui vous arrêtent pour un rien, pour de l'argent, pour un faux contrôle. Les hommes, toute la journée, tout le temps, assis ou debout dans la rue, inactifs, sans espoir d'emploi. Les femmes, absentes à l'extérieur, omniprésentes à l'intérieur, accueillantes. La saleté, partout, les sacs poubelles entassés aux coins des rues, éventrés dans les cul-de-sacs, et les routes, tellement défoncées que le sens de circulation n'est plus respecté. La magnificence d'autrefois de monuments, de rues, de bâtiments, à présent laissés à l'abandon, par manque de moyen, ou d'intérêt ? La tristesse, enfin, régnant partout. Et la méfiance à l'égard des étrangers que nous étions, là-bas. Mais aussi une immense gentillesse, au hasard des rues. Un pays surprenant, magnifique nature sauvage contre villes-poubelles.

Et ce tombeau, ouvert, d'une partie de mes ancêtres, que l'on a déplacé dans des fosses communes sans nous en aviser.
Un pays dont nous aurions pu dire, en le quittant en avril, qu'il était déjà prêt à éclater.

-E-

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Un employé du cimetière français nous montre les tombes éventrées de notre famille, Oran, Avril 2010.